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MATHILDE JONQUIERE

textes de Marie-Anne Bruschi

Cassandre Montoriol - Mathilde Jonquiere 1

Mathilde Jonquière, mosaïste.

Elle nous reçoit dans son atelier du 18ème. Elle, la mosaïste étiquetée savoir-faire à la française et ultra chic. La mosaïste de la Grande Epicerie de Paris, celle de l’hôtel Aiglon à Montparnasse et de l’indétrônable Wepler place de Clichy, travaille donc à quelques pas du quartier de Château Rouge ? Elle rit et s’amuse de notre remarque formatée sans doute parce que Mathilde Jonquière n’a rien d’une fille snob. Et c’est précisément pour cela qu’elle est si intéressante. Les préjugés, les idées reçues, préconçues, non merci ! « Le quartier regorge d’authenticité et d’artisans, il est très vivant. L’été, c’est un vrai défilé de mode, c’est génial, on ose tout ici. C’est primordial de défendre les ateliers dans Paris. Notre travail, ce n’est pas de la série, c’est de la Haute Couture ! » lance-t-elle.

Cassandre Montoriol - Mathilde Jonquiere 2

Travailler dans un quartier populaire, finalement cela n’a rien d’étonnant pour une artiste qui avoue être sensible aux contrastes. Mathilde aime travailler la lumière, jouer entre les mats et les brillants, dynamiser un dessin en lui inspirant du mouvement. « J’aime me sentir libre. Dans mes créations et dans la vie. Changer de quai, passer de la Rive Gauche à la Rive Droite. Traverser la Seine, j’adore ça ! On dit que la ville est poussiéreuse par rapport à Londres et pourtant ici il y a de vrais identités, des gens qui ont un univers et qui sont prêts à le transmettre ».

 

A l’heure où sa génération a dû faire un choix, soit se mettre à l’ordinateur, soit rester figée, elle a préféré retourner à la matière. Si elle a choisit la mosaïque comme moyen d’expression, elle a eu la délicatesse d’effacer le côté classique et académique en l’envisageant d’un œil contemporain.  « Chez les mosaïstes, on a chacun notre personnalité. Moi, c’est le dessin graphique, le mouvement et la profondeur qui me différencie. J’ai longtemps travaillé sur les interstices du rond. Maintenant je suis passée au losange ! »

Cassandre Montoriol - Mathilde Jonquiere 3

« C’est un travail d’une lenteur extrême. On doit dessiner à l’aquarelle puis retranscrire. Découper à la pince, préparer les coupes à l’avance. On prépare le dessin à l’envers pour faciliter et anticiper la pose. Ensuite vient le collage. Il faut compter en tout presque 2 mois de travail pour 7m2 de fresque ! Je suis dans la méditation. J’adore ce travail sur la lenteur. En même temps, et c’est assez paradoxal, je dois organiser une équipe et être très réactive ». Dans de vieux tiroirs d’imprimerie, elle range ses chutes par couleurs, des émaux de verre de toutes les couleurs. Pour ses créations, elle travaille avec trois matériaux : les émaux de verre coulés par un artisan italien en région parisienne, les grès cérame et le marbre. Ses inspirations ? La peinture, la photographie, la danse contemporaine dont les mouvements du corps l’interpellent et puis bien sûr Paris. « Cette ville donne une énergie totale, une énergie faite de rencontres. Pour moi, Paris est une ville de liberté. On peut tout saisir à la minute : aller à l’opéra Garnier, voir un film au cinéma, découvrir une expo, la créativité est au centre de la ville ».