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MEMO

Rendez-vous avec Clara Molloy, créatrice des parfums Memo, au café de Flore à Saint-Germain-des-Prés_décembre 2014

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J'avais proposé à Clara de m'apporter un ou plusieurs "objets" qui lui tiennent à cœur.
Son choix s'est porté sur trois livres :
« Vie de poètes » de Robert Walser
« Pour une république des rêves » de Gilles A. Tiberghien
« Récit d’un voyage à Assise » d’Emmanuel Van der Meulen

Quel est votre parcours ?

Mon parcours est celui d'une étudiante en lettres : hypokhâgne puis khâgne. J'ai toujours été passionnée de littérature et de poésie. Après l'université, le Celsa, j'ai créé un magazine mensuel sur les arts. C'était très excitant de me lancer dans cette aventure et de vivre en immersion dans ce monde : pendant trois ans, j’ai été invitée partout, au courant de tout, j’ai vu beaucoup de spectacles et d’expositions, et rien n’aurait pu remplacer cela ! Malheureusement, nous ne nous payions pas mais nous avions de la publicité, donc un contact avec les annonceurs. Lorsque j'ai décidé d'arrêter le magazine, définitivement pas viable, j'ai continué à travailler pour ces annonceurs, des marques de luxe, françaises pour la plupart, en faisant du consulting, des publi-rédactionnels, etc. Au bout de deux-trois ans, j'ai eu envie de développer mon propre projet, que j'allais financer moi-même…

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Et vous avez créé memo ?

Oui. Je suis partie à la rencontre de parfumeurs contemporains dans le monde entier, et j'en ai fait un livre : « 22 parfumeurs en création ». Il existe un domaine de création, combien important mais beaucoup moins connu que celui des stylistes, déjà largement encensés, celui des « nez », les créateurs de parfums, des gens passionnés par leur travail. Passion contagieuse car après tout ce temps passé en leur compagnie et cette plongée dans leur univers, j'ai été gagnée par l'envie d'en faire mon métier. Il y a eu aussi une rencontre déterminante avec l'une d’eux : Alienor Massenet, qui est devenue le « nez » des parfums MEMO, dès sa création en 2007. Une véritable alchimie s’est opérée entre nous. On ne se lasse pas de partager nos idées, avec des goûts et un regard communs, un langage et une écriture qui se ressemblent et se mettent en place autour de la création de chacun de nos parfums.
Nous sommes deux femmes aux commandes et dans ce domaine encore trop souvent réservé aux hommes, nous apportons un autre regard sur le parfum, qui n'est plus vu simplement comme un outil de séduction.

 

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Comment se passe le processus de création d'un parfum ?

Je pars toujours d'un lieu. J'adore voyager ! Cela peut aussi être un endroit imaginaire, inspiré par un livre... Une fois le lieu trouvé, je porte une attention particulière à la sonorité et au côté spirituel de l'endroit, je trouve qu'il y a là une vraie connivence avec le parfum. Je cherche ensuite une sensation pour pouvoir la partager avec Alienor. Pour le parfum SIXA, par exemple, j'ai imaginé la nuit dans un désert, un contraste entre le sable encore chaud comme une fourrure et une sensation givrée apportée par la nuit. Alienor l'a traduit par une vanille, élégante et peu sucrée... S'est ensuivi une sorte de ping-pong entre nous. C’est toujours moi qui commence mais il faut que l’histoire parle à Alienor. Vient ensuite la partie technique. Il faut que la piste olfactive fonctionne, qu'elle ait sa couleur, etc. Pour vingt notes développées, seulement deux aboutiront.
Un peu comme en poésie, le premier vers nous est parfois donné tout de suite mais à d'autres moments, il faut le chercher longtemps. C’est aussi la force d'une petite maison artisanale comme la notre : cette part de recherche est laissée à l'improvisation.

Quelles sont vos influences ?

Je suis très sensible au graphisme, j'ai commencé ma carrière en créant un magazine, et c'est une partie du travail que j'adore. Chaque parfum MEMO a sa propre signature, une écriture plutôt baroque avec pas mal de motifs marron, noirs, dorés et blancs. Mes parents sont espagnols et je suis plus proche de ce type d'univers que d'une écriture minimale ! J'aime les Arts décoratifs et l'Ornementalisme. Il y a une ambiance Orient-Express dans notre marque : l'idée des malles, des trains, du voyage... Et c’est souvent mis en scène de cette manière en boutique.

Quel est votre premier parfum ?

Le premier que nous avons créé s'appelle LALIBELA et reste un de nos best-sellers, un Chypre avec rose, encens, patchouli, et feuilles de tabac... LALIBELA est un lieu chrétien de pèlerinage en Éthiopie où règnent une gaité et une ferveur que j'avais envie de partager.

 

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Et votre premier souvenir de parfum ?

Fidji de Guy Laroche ! Je devais avoir quatre ou six ans, il faut croire que cela m'a influencée... J'adorais la publicité avec une île et cette femme en forme de coquillage. Ma mère a accepté de me l'offrir à l'époque, non pas pour que je le porte mais pour le garder. Un accès à la féminité !

Quelle est votre clientèle ?

Nous faisons des parfums pour les hommes et pour les femmes et je m'aperçois que notre clientèle est très variée : tous les âges et des classes sociales diverses...
Avec peut-être un cœur de vrais amoureux fous de parfum, qui s'y connaissent très bien.

Une qualité importante, selon vous, pour ce métier ?

Dans la vie professionnelle et personnelle, je dirais le courage. Faire face et ne pas se laisser intimider.

De nouveaux projets pour memo ?

Beaucoup ! Bientôt un nouveau site, l'ouverture d'un corner à New-York et d’une boutique à Paris, avec de nouveaux parfums...