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PELLÉAS

Rencontre avec le jeune chef Benjamin Lévy, et son orchestre PELLEAS lors d’une répétition de L’Arlesienne de G.Bizet au théâtre du Châtelet.

Interview menée en collaboration avec Delphine Rouvillois / décembre 2013

Cassandre Montoriol - Pelléas 1

Quand et pourquoi as-tu créé Pélléas ?

On jouait à l’époque avec une compagnie de théâtre lyrique, LES BRIGANTS : Ils m’avaient demandé de rassembler un groupe de musiciens et j’ai contacté des amis du conservatoire. Les tournées se faisaient avec un orchestre instrumental, une dizaine de musiciens, et La compagnie a connu un certain succès !

Lorsque j’étais étudiant, j’avais entendu parler de plusieurs exemples d’orchestres qui m’avaient beaucoup touché. En particulier un ensemble du début du dix-neuvième siècle « la société des concerts du conservatoire », qui rassemblait d’anciens élèves ainsi que des professeurs, où chacun était sociétaire de l’orchestre. Il y a d’autres exemples comme celui-ci, en Allemagne notamment, où, de la même manière, des musiciens sont devenus partie prenante de la vie de leur orchestre.

C’est dans cet esprit, après une première expérience théâtrale avec LES BRIGANTS, qui a nous a insufflé cette idée de troupe, que nous avons fondé notre propre orchestre.  Chacun d’entre nous a proposé des noms d’artistes qu’il aimait et qui seraient susceptibles de nous rejoindre, et l’on compte aujourd’hui 30 membres. Nous avons même rédigé une charte, tout cela est très collégial et chacun fait passer l’intérêt de l’orchestre avant le sien propre ; Les musiciens ont également un droit de véto et choisissent les artistes invités qui nous accompagnent à l’occasion d’un concert.

Notre première représentation a eu lieu au théâtre de l’Athénée à Paris, le 17 décembre 2004…

Cassandre Montoriol - Pelléas 2

Quel est ton parcours ?

Tout d’abord je ne viens pas d’une famille de musiciens et cela a pris un peu de temps avant de me dire que j’avais vraiment envie d’en faire mon métier. Quand je suis entré au conservatoire national supérieur de musique à Paris, en classe de percussion, j’ai très vite senti que j’avais envie de faire de la direction d’orchestre. Etudiant au conservatoire déjà, j’avais réuni quelques élèves et composé un orchestre à cordes lors d’un petit festival… J’ai obtenu mon prix de percussion, fait la classe d’analyse au conservatoire de Paris et la classe de direction. J’ai ensuite étudié à l’académie Chigiana de Sienne,  puis à Aspen aux Etats-Unis. J’ai commencé comme assistant du chef Marc Minkowski sur des productions d’opéra et j’ai beaucoup appris avec lui.

Quel rapport entretiens-tu avec ton orchestre ?

Un rapport amoureux, je les aime tous et je suis très fier d’eux, du travail que l’on fait ensemble et que j’ai envie de faire partager ! La plupart de mon activité de chef d’orchestre l’est en tant qu’invité et PELLÉAS est une expérience différente et assez unique.

Est-ce indispensable de bien s’entendre pour bien jouer ensemble ?

Pas forcément. Ce qu’il faut c’est parler la même langue musicale et gestuelle. Ce qu’il y a de formid able dans mon métier c’est précisément cette communication gestuelle pendant le concert, cette compréhension avec les musiciens.

Cassandre Montoriol - Pelléas 3

Quelles sont tes influences ?

Un de mes professeurs, david Zinman, a beaucoup travaillé sur l’idée de l’arrangement de la musique d’époque, et le fait de jouer en restant le plus fidèle possible au compositeur. Les instruments ont beaucoup évolués au fil des années et la musique est un langage imprécis, on emploie les même codes mais le résultat n’est plus le même. Avec Pelléas, de la même manière, nous avions envie d’adapter sur instruments modernes, les découvertes faites sur instruments d’époque. D’autre part le chef Minkowski,  m’a beaucoup influencé sur le fait de prendre du recul par rapport à ce que raconte la musique…

Quel genre de chef es-tu…?

C’est aux musiciens qu’il faudrait demander… Mais je pense être respectueux des difficultés instrumentales de chacun et de prendre en compte leur expérience et leur point de vue.

Cassandre Montoriol - Pelléas 4

Quel est ton public ?

On a un déficit d’image terrible… donc malheureusement une petite poignée de gens seulement, même si l’on présente la musique classique de façon un peu moins ampoulé qu’avant. Je pense cependant que cela risque de se cliver davantage avec cette nouvelle façon qu’on a aujourd’hui de choisir ses programmes, télévision ou internet. Il faudrait fidéliser les gens. S’installer dans une ville par le biais d’un festival serait l’idéal !

Le projet idéal… ?

Un opéra au festival d’Aix-en-Provence ! Il y avait là-bas un orchestre en résidence, le MALHER CHAMBER ORCHESTRA, né d’un orchestre d’été, des musiciens qui avaient décidé de continuer à jouer ensemble à la suite d’un festival qui les avait réuni ! J’aime beaucoup cette idée.

Cassandre Montoriol - Pelléas 5

Existe t’il un compositeur dont tu ne pourrais en aucun cas diriger l’oeuvre ?

Idéologiquement personne ! Il y a des compositeurs dont je me sens moins proche bien sûr…

Tes pires et meilleurs souvenirs de scène ?

Il y a surtout beaucoup de bons moments avec PELLÉAS, lorsqu’on peut décider de jouer différemment, d’improviser. L’année dernière, lors d’un concert à Toulouse où l’on jouait la sérénade de Tchaïkovsky, juste après la cadence d’un violoniste, j’ai décidé de laisser un grand silence… Et on a repris, très doucement, c’était un moment magique. Il peu aussi y avoir des accidents, quelqu’un qui rate son entrée, par exemple, ou avec d’autres orchestres, lorsqu’ il y a une incompréhension avec certains musiciens ou chanteurs, mais jamais rien de très grave.

De nouveaux projets ?

On va faire notre premier disque : l’intégrale de musique pour violon et orchestre de Beethoven ; On retourne au Concertgebouw d’Amsterdam, au mois d’Août,  où l’on jouera avec Lorenzo Gatto, un violoniste Belge qui nous accompagnera. On a également des concerts au Châtelet l’année prochaine…